|
|
Wang invita le comte à se rasseoir sur le siège qu’il avait quitté vingt minutes plus tôt.
– Avez-vous trouvé une solution ? demanda-t-il à Della Serra.
– Je vais ordonner la constitution d’une commission d’enquête internationale, Excellences.
– Formidable ! coupa Li Feng d’un air sinistre. C’est tout ce que vous avez à nous proposer ?
– Selon nos scientifiques, nos athlètes seront désinfectés avant le début des épreuves, avança Liu Daren.
– Je suis vraiment désolé, mais nos règles antidopage nous imposent d’exclure les athlètes testés positifs. C’est là une question fondamentale de crédibilité du sport.
– Au moins admettez que nos jeunes ont été intoxiqués contre leur gré, argua mademoiselle Wang Shan.
– En avez-vous la preuve ?
– Leur innocence réside dans l’absurdité de ce dopage. Nos jeunes ne sont pas stupides. En agissant ainsi, ils étaient sûrs d’être pris, expliqua Wang Shan.
– Nous ne pouvons hélas pas tolérer que des athlètes se dopent avec des substances détectables aux tests et proclament ensuite qu’ils n’ont pas pu faire une chose aussi absurde. Si tel était le cas, nous n’aurions plus qu’à fermer toutes nos unités de contrôle.
– Vos règles ferment toutes les portes, siffla Li Feng.
– Démontrez que vos athlètes ont été infectés malgré eux, monsieur le Premier ministre. Nous ne pouvons pas ouvrir les Jeux de Pékin avec un demi-millier d’athlètes qui ne sont pas propres. S’il l’acceptait, le CIO se renierait lui-même.
– Peut-être pourrions-nous examiner les modalités de retardement de la Cérémonie d’Ouverture tant que cette affaire n’est pas éclaircie, suggéra Liu Daren.
– Je ne peux retarder l’ouverture de ces olympiades au motif que les athlètes du pays organisateur sont testés positifs. Nous serions la risée de tous. La Chine apparaîtrait sous son plus mauvais jour…
– Vos insinuations frisent l’insulte, s’échauffa Li Feng.
– Je voulais simplement dire que ces Jeux, pour lesquels vous avez fourni un travail colossal et admirable, se retourneraient contre vous, et je ne suis pas sûr que l’olympisme y survivrait.
Wang Lanqing se tourna vers sa fille.
– Qu’en penses-tu ? lui demanda-t-il dans le dialecte de Suzhou.
– Della Serra a bien cerné la situation, nous sommes dans une impasse. Il s’attache à nous démontrer que c’est nous qui avons un problème. Il craint que nous tentions d’en faire un problème pour l’olympisme. Dans sa position, il ne peut pas avoir une autre attitude.
– Votre fille a raison, camarade Wang. Nous n’avons rien à attendre de sa part. Il défend sa boutique et refuse que nous lui refilions nos fleurs fanées, approuva Liu Daren.
– Alors, qu’elle solution proposez-vous ? demanda Wang à Della Serra.
– Il vous reste huit athlètes pour le protocole et les cérémonies…
– Soyez sérieux, coupa Li Feng. Ces athlètes-là ne sont pas médaillables. La plupart appartiennent à des sports collectifs.
– Permettez-moi, monsieur le Premier ministre. Vous êtes confronté aujourd’hui à une situation unique qui peut se retourner à votre avantage. Depuis l’origine, les grandes nations organisatrices ont eu une boulimie de médailles. Vous avez cette opportunité d’offrir des Jeux de manière désintéressée. Des Jeux pour les Jeux. N’est-ce pas une position défendable, monsieur le président ?
– Vous êtes astucieux et habile, président Della Serra, je crains que nous le soyons moins, soupira Wang en appuyant sur le bouton de son fauteuil…
|
|