LeTibétain

Par Jean-Léo Gros

Une demi finale Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Mykio était inscrit dans la première demi-finale du 100 mètres nage libre à la ligne 5.
- Tu dois préparer ta finale dès maintenant, si tu veux battre Paterson demain, avait conseillé Wei. Il faut être futé, car Paterson et ses coachs vont passer leur soirée à voir et revoir ta course en vidéo. Tu peux faire 47,5 secondes ce soir, en gardant des réserves. Au début, laisse filer Truman et le Français, cale-toi à leurs maillots. Tu devras faire ton accélération un peu sur le tard, je dirais aux 60 mètres, et ton explosion aux 80 mètres. Demain, fais quelque chose de complètement différent. On parlera des muscles tout à l’heure pour ton 200 brasse. Là, ça va être coton.
Ce fut machinalement que Mykio se dirigea, au signal de sortie, vers le plot 5. Il plongea tout aussi mécaniquement, adoptant une cadence supérieure à celle du matin, filant à une vitesse de 7,6 km/h. Aux soixante mètres, il s’engagea progressivement dans son trou noir, montant en puissance. Le Français faiblit sensiblement un peu plus loin, aux 70 mètres, mais Truman, en tête, maintint une vitesse moyenne de 7,6 km/h qui semblait lui convenir. Il accéléra sur les quatre derniers mètres, ce qui ne permit pas à Mykio de le passer. Une coulée d’arrivée parfaite offrit à l’Australien cette victoire devant Mykio, à trois centimètres, soit 1,25 centième de secondes d’avance.

- Je vous dis et je vous répète que Dara a un problème avec les finales ! Je n’ai qu’admiration pour ce garçon courageux. Il faut du cran pour s’aligner sur la plupart des épreuves olympiques de nage. Je souhaite qu’il fasse au mieux. Mais permettez-moi d’exprimer mes doutes…
- Entendons-nous bien, Théodore, dit Norman Truly de sa voix paternelle, la question de Tom était sans malice. Il ne vous demande pas de vous justifier, mais simplement pourquoi vous ne placez pas Dara, second meilleur temps sur cette demi-finale, parmi les favoris.
- Je vous dis simplement que, comme sur le 50 libre et le 200 libre, je crains que Dara ait une nouvelle défaillance sur le 100 libre. C’est aussi simple que ça !

… Tom Douglas profita du tour du stade des médaillées au 200 nage libre féminin pour donner quelques explications sur la brasse. En excellent professionnel, en bon généraliste du sport, il avait préparé son sujet depuis des mois, bien qu’il ne soit pas un spécialiste de la natation.
- La difficulté de la brasse de compétition est qu’elle tend à pousser à la perfection, et à leurs limites, des gestes simples. Comme le pas de danse, qui n’est que la suite travaillée d’un pas spontané et qui n’a plus rien de naturel lorsqu’il est fait à la perfection, les mouvements de la brasse de compétition sont un ensemble de techniques gestuelles de haute précision.
- La brasse moderne de haut niveau impose une exploitation élaborée des appuis, précisa Michael Rooses. C’est en fait la nage la plus technique.
Mykio obéit exactement à ce que Wei lui avait conseillé, une nage longue, puissante mais sans trop forcer sur les 100 premiers mètres. Pourtant dès le premier cinquante mètres, Fergusson, intouchable sur cette course, avait mis un mètre à ses concurrents. Aux 125 mètres, Mykio, éprouvé par une fatigue profonde, s’accrochait pour monter en puissance. Une douleur paralysante commença à l’envahir au virage du dernier cinquante mètres. Une souffrance morale aussi, car il voyait les remous de Fergusson et du Français Bernier loin devant. Mykio savait qu’il avait perdu cette course, mais il lui fallait finir. Il le fit dans l’agonie la plus lamentable.

 
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